Papa Doble Havana Club

Quand Hemingway voyait la vie en double : l’histoire du Papa Doble

D

e temps en temps, Hemingway aimait bien boire un coup. La légende, pour une fois exacte, s’est chargée de le faire savoir.

Son nom est aussi associé à quelques bars mythiques, de celui qui porte aujourd’hui son nom au Ritz de Paris (qu’il avait « libéré » en 1945) au Floridita de La Havane. C’est dans ce dernier qu’a eu lieu la rencontre au sommet entre le grand écrivain et un professionnel du shaker, tout de blanc vêtu, qui allait marquer l’histoire.

Le berceau du Daïquiri

Le Floridita
Le Floridita, berceau du Daïquiri.

Le Floridita était alors dirigé de main de maître par un des bartenders les plus célèbres de l’histoire — véritable Hemingway du cocktail. Constantino Ribalaigua — c’était son nom — était notamment connu pour ses nombreuses versions du Daïquiri. C’est en 1932 que Hemingway fit sa première apparition là-bas. A partir de cette visite, chaque visite le voyait s’assoir sur le tabouret à la gauche du bar. Sa préférence allait au Daïquiri classique, réalisé au shaker, mais aussi au fameux Floridita Daïquiri, réalisé au blender.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par A Night With Javier (@nightwithjavier) le

Un jour, c’est cependant le Daïquiri #3 qui a attiré son attention. Il s’agit d’une version avec du jus de pamplemousse et un peu de liqueur de marasquin. Dans la chaleur moite de Cuba, ce mélange fonctionnait à merveille. Après avoir siroté son cocktail, il en commanda un deuxième. Mais Hemingway avait une suggestion : il était diabétique, le bartender pouvait-il ôter le sucre ? Et puis, tant qu’on y était, pourquoi pas mettre deux doses de rhum.

Papa Doble

Hemingway n’était pas vraiment diabétique mais sa passion pour les arômes du rhum était bien réelle… Le souci, pour le Floridita, c’est que quand un client aussi célèbre que lui contribue à créer un cocktail, la nouvelle fait vite le tour de la ville. Des hordes de buveurs réclamant des cocktails à 10 cl de rhum ? Pas question. Du coup, quand le cocktail fut mis sur la carte sous le nom d’Hemingway Special, le sucre avait bien disparu mais le rhum gardait des proportions modestes. Il y a 80 ans, certains bars pensaient déjà à la consommation responsable. Cela n’empêchait bien sûr pas Hemingway de les commander en version double. Et c’est comme ça que les locaux lui donnèrent un de ses surnoms les plus connus : Papa Doble.

Retour au sucre

Papa Doble
Le Papa Doble, un Daïquiri revisité à base de pamplemousse et de marasquin.

Aujourd’hui, sous le nom de Hemingway Special, Hemingway Daïquiri ou Papa Doble, cette version du Daïquiri reste très populaire. Nos pamplemousses sont plus doux que ceux dont disposaient les Cubains des années 30, mais équilibrer l’acidité des agrumes avec la liqueur reste compliqué, d’autant plus que le marasquin n’est pas du goût de tous. Parfois, quelques gouttes de sirop de sucre suffisent à donner la rondeur rêvée à ce cocktail. N’hésitez pas : c’est un truc de pro qui vaut aussi pour des classiques comme le Sidecar. Dans le cas du Papa Doble, c’est peut-être une trahison à son histoire. Qu’importe au final : vous pouvez la raconter tout en mettant votre cocktail au goût du jour.

Publié le : 22 janvier 2019 - Temps de lecture : 3 minutes
Pour aller plus loin