La vodka, histoire d’une célèbre inconnue

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ittérature, cinéma, congélateurs, la vodka est partout, des bars à cocktails aux buvettes de Moscou. Son histoire tient de la légende : elle commence dans un obscur monastère russe il y a plus de cinq cent ans.

La vodka, de la vie monastique au triomphe scientifique

dimitri mendeleev vodka
Dmitri Mendeleev, inventeur de la vodka.

« Désirez-vous de la vodka ? demanda le garçon. – Donne du thé. – Bien, Monsieur. Vous désirez aussi de la vodka ? » Dans Crime et Châtiment comme dans la plupart des livres de Dostoïevski, la vodka est omniprésente. D’après la rumeur, l’écrivain lui-même buvait de la vodka au petit déjeuner, pour mouiller son pain noir.
Une preuve qu’en matière de boisson, en Russie, la vodka fait figure d’orthodoxie. L’histoire ne commence pourtant pas sur les terres slaves, puisque le produit de base, une eau-de-vie à base de raisin, fut créée par des Génois, au XIVe siècle. Durant deux siècles, les Russes s’en inspirent et distillent du seigle, du blé, de l’orge, avant de finalement trouver la lumière : du fond de son monastère, le moine Isidore fixe en 1430 la première recette officielle de vodka.
Quatre cent ans plus tard, l’église ne distille plus et les blouses blanches ont remplacé les moines : l’alcool est désormais une science et la vodka une affaire d’état ! C’est peut-être pour s’excuser d’avoir inventé le pratique mais complexe tableau périodique des éléments que Dmitri Mendeleïev dépose, en 1893, le brevet d’une vodka à 40 degrés. Ce dosage parfait, suivant son inventeur, est-il le fruit du calcul ou de l’expérience ? Un peu partout dans le monde, professionnels et amateurs poursuivent les recherches. Les Ecossais, pas les derniers quand il s’agit de trinquer, ont ainsi créé une vodka à 88,8 degrés. Quand on aime, on ne compte pas.

La vodka, la Belle des champs

Le plus élégant des alcools forts a une origine toute simple : la pomme de terre. Un élément de base peu cher et facile à cultiver, ce qui explique en partie la rapide popularité de la vodka : pour produire leur propre eau de vie, les paysans se contentaient de mettre de côté une partie de leur récolte.
Mais si la pomme de terre a fait ses preuves, tous les produits agricoles peuvent en réalité être utilisés pour fabriquer de la vodka. Vous pouvez ainsi déguster des vodkas à base de céréales, de betterave, de maïs, de sucre ou de raisin, et rien n’empêcherait de faire de la vodka de cacao, voire de café ! Les différences de saveur seraient cependant minimes. Le filtrage au charbon de bois, effectué en fin de fabrication afin d’obtenir le produit le plus pur, supprime en grande partie le goût de l’élément de base : la vodka pomme de terre laisse ainsi rarement un arrière-goût de pomme de terre, qui reste le principal produit utilisé dans sa fabrication.

Une fabrication alambiquée

alambic vodka
L'alambic en cuivre est utilisé pour la fabrication de la vodka.

Pour produire de la vodka, pas besoin de recette magique, mais simplement d’un alambic. Un instrument qui n’est pas lui-même dénué de poésie. Présent sous des formes sommaires depuis l’antiquité, il s’est perfectionné à l’époque médiévale afin d’atteindre sa forme définitive, cuve terminée par un amusant et étonnant tube en serpentin, preuve que la magie n’est tout de même pas très loin.
L’obtention de la vodka se fait en plaçant dans l’alambic le jus issu de la fermentation du produit de base, puis en le faisant bouillir. L’eau est ainsi séparée de l’alcool qui, sous forme de vapeur, traverse le serpentin, refroidit, et reprend sa forme liquide. Le moment de sortir les verres ? Sûrement pas ! Cette essence de vodka est un alcool pur auquel ne se risqueraient même pas les durs des durs. Pour terminer la préparation, il faut ajouter de l’eau déminéralisée et filtrer le liquide au charbon. Incolore, inodore, mais délicieuse : la vodka est là.

Une boisson internationale

cosmopolitan vodka
Le Cosmo(politan) : vodka, triple sec, cranberrie et citron vert.

Au-delà de la Russie, de la Pologne et de nombreux pays slaves pour qui elle fait figure de boisson nationale, la vodka s’est exportée et diffusée dans le monde entier. Elle est particulièrement prisée dans les pays scandinaves, où elle accompagne souvent saumon et hareng.
L’alcool russe, devenu l’un des plus célèbres symboles du pays, est connu jusqu’en Asie, notamment en Inde, où il est appelé White Whisky.
La pureté de la vodka, sa fraîcheur et sa douceur qui ne manque pas pour autant de tempérament en font l’alcool idéal pour les cocktails. Cosmopolitan, Vodka Martini, Vodka Limone, les exemples ne manquent pas. Le Russian Ruble se prépare au shaker : il mêle vodka, rhum et tequila pour un mélange explosif. Le Moscow Mule, mix de vodka, de ginger beer et de jus de citron, est lui célèbre pour la petite chope en cuivre qui l’accompagne. Né dans les années 40, ce cocktail a permis de populariser l’alcool et la culture russe autour du monde. Etonnant lorsqu’on sait qu’il fut créé… aux Etats-Unis.

Publié le : 29 janvier 2019 - Temps de lecture : 5 minutes
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