Un gin qui ne prend pas l’eau

L

’histoire du cocktail et du spiritueux est un terrain miné : d’un côté car elle s’écrit dans les bars et de l’autre car le marketing des marques vient souvent nous jouer des tours.

Mais parfois il y a des histoires qui sont à la fois parfaites et authentiques. C’est le cas de celle du gin Navy Strength, élaboré pour la marine anglaise avec un degré d’alcool supérieur au gin ‘normal’ — autour de 57° d’un côté, de 40 à 45° de l’autre.

Britannia rules the wave

Dès le 18e siècle, la marine anglaise embarquait un gin particulier : le Navy Strength
Dès le 18e siècle, la marine anglaise embarquait un gin particulier : le Navy Strength

Quand l’Empire dominait le monde, la marine britannique naviguait d’un océan à l’autre, ne touchant terre que de temps en temps. L’eau en réserve finissait par stagner, le vin se faisait vinaigre et la bière devenait acide. Seuls les distillats tenaient le coup. Dès le 18e siècle, la marine de Sa Majesté se fait donc grande consommatrice de rhum et de gin. Mais la présence de liquide à bord posait un second type de problème : si, un jour de mauvais vent ou dans le feu de la bataille, une barrique en venait à se rompre et à mouiller la poudre, comment se défendre ? Ici aussi le spiritueux était avantageux, mais seulement à partir d’un certain point : au-dessus de 54 degrés, l’alcool n’empêche pas la poudre d’être allumée. Et le génie de l’affaire, c’est que ça fonctionne aussi à l’envers, comme mécanisme anti-arnaque. Si après avoir été trempée dans du gin la poudre ne s’allume pas, c’est que le gin vendu à la marine a été dilué.

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Les métamorphoses du gin

Made in Plymouth

Le Navy Strength de Plymouth est vite devenu le standard sur les bateaux anglais
Le Navy Strength de Plymouth est vite devenu le standard sur les bateaux anglais

La marine militaire anglaise est installée à Plymouth depuis 1588 — c’est de là qu’est partie la flotte commandée par Sir Francis Drake pour détruire l’Invincible Armada espagnole. Et le Plymouth Gin y est distillé depuis 1793, dans un ancien monastère qui aurait hébergé les premiers puritains anglais partis vers les Amériques. La bouteille est d’ailleurs ornée de l’image de leur bateau, le mythique Mayflower. Sans aucune surprise, donc, le Navy Strength de Plymouth est vite devenu le standard sur les bateaux anglais — même si la marque n’était pas la seule à fournir Sa Majesté, demande oblige. Et sur les bateaux, elle fit donc le tour du monde.

La colonne vertébrale d’un cocktail

Préférez du Navy Strength pour un Dry Martini aux arômes puissants
Préférez du Navy Strength pour un Dry Martini aux arômes puissants

Aujourd’hui encore, le gin Plymouth reste un standard pour les mixologues. Mais que faire avec le Navy Strength ? Le gin ‘normal’ de la maison fait 41°. Le Navy Strength 57°. Si nous vous disons que plus le spiritueux est fort plus sa saveur est forte, vous nous direz ‘sans blague’. C’est justement là qu’est la réponse : le Navy Strength est idéal dans les cocktails avec des ingrédients aux saveurs puissantes ou dans ceux qui seront fort dilués. Elle peut par exemple fournir une colonne vertébrale à un cocktail où agrumes et sucre dominent. Essayez-le dans un Gimlet — qui est en plus un cocktail inventé par la marine. En Gin & Tonic, il vous permettra aussi de ne pas noyer la saveur des aromates du gin. Enfin, si vous optez pour réaliser un Dry Martini à l’ancienne — c’est-à-dire un Dry Martini préparé à parts égales de vermouth sec et de gin — le Navy Strength apportera cette puissance qui pourrait faire défaut avec des gins plus modestes. Comme vous le voyez, si cela fait longtemps que la marine anglaise ne reçoit plus de barriques de gin, le gin Navy Strength continue à garantir des cocktails qui ne connaissent pas de retard à l’allumage.

Publié le : 28 mars 2019 - Temps de lecture : 3 minutes
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