Avant les pubs, les Gin Palaces

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aissez-nous vous planter le décor : Londres, 1835. La révolution industrielle bat son plein, la reine Victoria dirige le royaume et Charles Dickens est en pleine rédaction d’Oliver Twist.

Mais ce qui marche très, très bien, en ce moment, ce sont les Gin Palaces, qu’on pourrait définir comme l’ancêtre du pub tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Boiseries et pampilles

 

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Niveau déco, les Gin Palaces en imposent. Déjà, ce sont des temples de lumière grâce à l’électricité, ce qui pourrait sembler accessoire aujourd’hui mais qui à l’époque est un vrai luxe. Les miroirs en décuplent l’effet, tout comme les vitres décorées de gravure et autres lustres en pampilles. Il y a aussi tout un tas de boiseries et des mosaïques belles à tomber, ambiance Downton Abbey. On y discute, bien sûr, mais on y boit aussi du gin – comme le nom du lieu le laisse présager. Et le lieu un peu fantasque colle bien à l’étiquette précieuse de cet alcool : « agrumes frais, zestes séchés, graine de coriandre, rhizome d’iris […], certaines recettes de gin comportent plusieurs dizaines d’ingrédients », écrit Margot Lecarpentier dans sa Bible des alcools (Editions Hachette), « un véritable spiritueux de parfumeur ». Mais entre les Britanniques et le gin, c’est une histoire d’amour tourmentée, qui n’a pas toujours été si… distinguée.

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Gin versus bière

Gravure d'époque d'une scène du roman de Charles Dickens : A Gin Shop
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Dès 1720, le gin fait des ravages sérieux dans un pays en crise : il faut dire qu’on le boit pur et par pinte, allant à l’encontre des règles élémentaires de modération. Il est vendu en pharmacie pour traiter toutes sortes de maux, ce qui, quelques siècles plus tard, est un comble. Oh, et il est également distillé de façon artisanale, par à peu près n’importe qui. L’eau n’étant pas vraiment potable, on considère la bière et le gin comme des alternatives parfaitement envisageables pour étancher sa soif. Le gin est alors une boisson populaire et un mal qui ronge les faubourgs. En 1736, 1743 ou 1751, le gouvernement agit à travers ses Gin Acts : une licence est désormais nécessaire pour commercialiser du gin, et le produit est taxé. La réaction dans les rues est violente, mais peu à peu, la consommation de gin baisse au profit de la bière.

Pour les nostalgiques

Un Gin & Tonic concombre et poivre noir se mariera parfaitement avec une salade avocat et saumon
Un Gin & Tonic concombre et poivre noir se mariera parfaitement avec une salade avocat et saumon fumé

Sous l’ère victorienne, le gin fait donc son retour en grâce, perdant sous les lumières des palaces son image sordide. On s’encanaille par exemple au Thompson and Fearon’s à Holborn, au Weller’s à Old Street. Ce sont des lieux de plaisir, où l’on consomme également de la bière ou du vin. Il ne reste aujourd’hui que des vestiges de ces établissements qui préfiguraient le “pub” emblématique, mais la chaîne Hogarths a restauré quelques bars victoriens pour en faire des gins palaces modernes. Il est sinon possible de faire une visite guidée thématique de Londres, pour revenir quelques décennies en arrière et assister à un cours magistral sur l’histoire des établissements de la ville… Ou l’idée la plus simple : la préparation minutieuse d’un Gin & Tonic revisité avec du poivre et du concombre (que vous pouvez accompagner d’une salade de saumon fumé, mousseline d’avocat et julienne de pomme), sur un fond de britpop avec cette bonne playlist british. Et parce qu’on préfère le chic victorien à la débauche de l’époque georgienne, on consommera le tout avec modération.

Cheers, mate !

Publié le : 23 avril 2019 - Temps de lecture : 4 minutes
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