Vie et mort de la Vodka Red Bull : histoire d’un cocktail détonnant

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l est loin le temps où l’on commandait sans sourciller une vodka Red Bull en boîte de nuit. Et heureusement. Star des soirées étudiantes des années 2000, ce cocktail détonnant avait la réputation de nous faire tenir toute la nuit.

Comme si on avait besoin de ça. Reconnaissons tout de même que la machine marketing de Red Bull tournait à plein régime. Souvenez-vous des ambassadeurs appelés “Musketeers” qui arrivaient à chaque soirée étudiante au volant d’une Mini affublée d’une canette géante. Leur objectif ? « Représenter la marque et chercher de nouvelles opportunités de positionner notre produit en combinant organisation et enthousiasme communicatif » comme l’explique Red Bull sur son site. Autrement dit, pour faire boire cette potion jaune à un maximum de jeunes gens. Derrière le bar, le procédé est simple : 1/3 de vodka, 2/3 de Red Bull et quelques glaçons dans un verre très souvent siroté vitesse grand V. Un mélange avec lequel la marque voulait nous électriser avant la prochaine commande au bar.

Pourquoi ce cocktail était-il si populaire ?

© Mark Neustadt via Flickr

Sans surprise, la vodka est le spiritueux le plus consommé au monde. Il existe plus de 4000 références différentes dans le monde et le spiritueux se mélange avec à peu près avec tous les mixers. De l’autre côté, le Red Bull, dont la consommation fut un temps interdit en France, avait cette étiquette « badass » appréciée par sa jeune cible, à savoir les jeunes de 18 à 30 ans. Inventée en 1987 par Dietrich Mateschitz et commercialisée en France dès 2008, elle est la boisson énergisante la plus célèbre du monde et la plus consommée dans l’Hexagone. Elle contient de l’eau minérale alpine gazéifiée, de la caféine, de la taurine, de la vitamine B, du saccharose et du glucose (soit beaucoup de sucre).

16 euros pour une Vodka Red Bull servi au Piaf, un club du VIIIe arrondissement de Paris. C'est probablement le seul cocktail où le mixer coûte plus chez que le spiritueux !

Sans se mentir, l’époque du cocktail Vodka Red Bull correspondait à un temps où l’attention était moins portée sur l’apport en sucres, les composants chimiques et les associations néfastes pour la santé. En bref, on faisait moins attention à ce qu’on ingérait. On sirotait des mélanges souvent douteux et tièdes dans des gobelets en plastique qui débordaient au rythme de nos déhanchements sur la piste de danse. Triste constat. Sans compter que ce petit cocktail coûte affreusement cher. Aujourd’hui, il faut compter 16 euros pour une Vodka Red Bull servi au Piaf, un club du 8e arrondissement de Paris. C’est probablement le seul cocktail où le mixer coûte plus chez que le spiritueux !

Et les effets sur le métabolisme sont visiblement alarmants : “Les effets à long terme de ce mélange sur le cerveau sont similaires aux changements provoqués par la consommation de cocaïne”, affirme une étude publiée dans la revue scientifique Plos One. Par ailleurs, des chercheurs de l’Université de Purdue (en Indiana) affirment “qu’une exposition répétée à une association de caféine et d’alcool entraîne une augmentation de protéines dans le cerveau, laquelle était liée à la formation de dépendances comportementales et de toxicomanies”, suite une étude menée en 2015. Celle-ci ajoute que les personnes concernées ont deux fois plus de risques de subir une agression sexuelle, de conduire en état d’ébriété et d’avoir un accident de voiture lié à l’alcool ou d’avoir besoin d’un traitement médical. Après cela, il paraît que Red Bull donne des ailes. Au delà des mésaventures que peut engendrer un tel mélange, ce breuvage ne fait pas l’unanimité. Rien que son odeur ne présage rien de bon. Heureusement, la planète cocktail a d’intéressantes associations à nous proposer…

Quelle(s) alternative(s) ?

Notre curiosité nous conduit à tester et adopter le slow drinking. Contraire au binge-drinking qui consiste à boire très vite une grande quantité d’alcool juste pour trouver l’ivresse, cet art de boire mieux et moins nous invite à apprécier de bons spiritueux associés à des produits frais de saison. Un peu comme le slow food qui milite pour une consommation raisonnée et responsable de produits locaux, bios et de saison. Alcools bruts et spiritueux de qualité, liqueurs, jus et sirops faits maison, on découvre et déguste des ingrédients bien meilleurs qui ont infiltré le monde des boissons.

Pour notre plus grand bonheur, le monde du cocktail se démocratise et les très bons alcools ne se boivent plus uniquement dans des hôtels luxueux ou dans des bars inaccessibles. Une consommation modérée peut être une source de plaisir gustatif. Sans faire l’impasse sur les notes sucrées, pétillantes ou bien fruitées d’un cocktail, on découvre des alternatives astucieuses comme le Rosato Spritz ou le Gingini. Dans nos boissons préférées, on identifie de l’aloe vera, de la pulpe de fruits rouges ou de kiwi, des alcools fumés, du piment, de l’aneth, du gingembre et bien d’autres trésors gustatifs. Santé !

Publié le : 23 avril 2019 - Temps de lecture : 5 minutes
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